Mizu Washi


Objectif accompli : j’ai réalisé ma propre montre !

 

J’ai certes mis beaucoup plus de temps que je ne l’avais prévu (6 mois) mais étant dépendant de plusieurs facteurs, je suis vraiment content de ne pas en avoir mis plus (au final 11 mois).

Avant toute explication, je tiens à préciser que j’ai dessiné et réalisé le cadran de la montre (en fonction d’éléments déjà existants dont je parlerai plus tard), puis je l’ai monté sur un calibre que j’ai moi-même adapté avant de l’intégrer dans un boîtier et d’ajouter enfin le bracelet de la montre.

Je n’ai donc ni conçu le boîtier, ni développé le calibre, ni fabriqué le bracelet. Mais j’ai fait le reste et c’est déjà pas mal, non?

Pourquoi réaliser sa propre montre ? Essentiellement pour me lancer un défi qui me permettrait d’apprendre. En effet, j’apprends mieux lorsque je suis confronté à une contrainte et que je fais moi-même les choses. Dans ce cas précis, je souhaitais découvrir les contraintes auxquelles font face ceux qui concrétisent les dessins des designers, pour pouvoir ensuite en tenir compte en tant que designer dans mes futurs projets.

Et croyez-moi, il y en a des contraintes et du coup, oui, j’ai appris beaucoup de choses !

 

Étape 1 – Le choix de la matière première

Comme je l’ai dit plus haut, je n’ai créé ni le boîtier ni le calibre. Cependant il me fallait choisir ces deux éléments avant de commencer à dessiner mon cadran. De plus, n’ayant pas encore de visibilité sur le budget final, il me fallait des pièces peu chères tout en me laissant le plus de liberté possible par rapport à l’épaisseur du cadran.

Mon choix s’est donc porté sur les pièces horlogères (dont les aiguilles) vendues par l’entreprise neuchâteloise Danielle Duplain. Le boîtier a l’avantage d’être très haut et de laisser voir le calibre, en revanche, l’entre-corne (pour le bracelet) est un peu trop fin à mon goût et d’une forme générale un peu grossière. Mais cherchant surtout à faire le cadran, il faut bien faire quelques premières concessions (et il y en aura d’autres…)

Pour le calibre, j’ai choisi un mouvement ETA 2892, peu cher et très bien conçu. Il s’agit d’un calibre à mouvement mécanique avec un système de remontage automatique. Petit plus, il existait en bleu, ce qui était beaucoup plus harmonieux avec le reste de la montre et me permettait de ne pas le graver.

Étape 2 – Les plans

Avant de commencer le dessin, il me fallait calculer l’espacement disponible pour mon cadran et donc construire les plans. Heureusement ceux du calibre 2892 sont très faciles à trouver sur internet et il existe même une page web dédiée à l’assemblage et au désassemblage de celui-ci. Pour le boîtier, il m’a fallu calculer à la main, mais comme les chiffres sont ronds, ce fut plus facile que je ne l’appréhendais au début.

Enfin j’ai calculé le tout en prenant en compte les tolérances et j’ai même pu commander des pièces pour rehausser mes aiguilles et augmenter ainsi l’espace disponible pour la création.

 

Étape 3 – Trouver l’idée et dessiner

J’ai toujours plus de mal à trouver des idées lorsque je travaille pour moi que pour les autres. Aussi pour pallier ce problème, j’aime me fixer à l’avance quelques contraintes car de celles-ci naissent la créativité.

 

Mes contraintes les voici :

  • Je voulais un animal gravé car même sans connaître la gravure, n’importe qui est capable de voir si un animal est bien fait ou non. Pour juger mon futur travail de gravure c’était donc l’idéal.
  • Je voulais que la silhouette générale s’inscrive dans une forme géométrique semblable aux kamons japonais.
  • Je souhaitais que le motif soit fortement inspiré du style celtique ou viking.

 

Voici les quelques étapes de mon dessin.

A la fin je n’étais vraiment pas sûr de moi mais je sentais que si je n’arrêtais pas là, je serais encore en train de dessiner ce cadran aujourd’hui !

Pour finir, j’ai imaginé une applique très fine, gravée délicatement, comprenant la vague et l’oiseau qui serait surélevé par rapport au fond du cadran que je souhaitais faire en papier, peint à la main.

 

Étape 4 – la concrétisation

Je ne vais pas rentrer dans le détail de la réalisation, mais là j’ai dû faire encore quelques concessions. En effet le papier, par exemple, étant beaucoup trop épais, j’aurais perdu l’espace entre l’applique et le fond, dommage.

Faire la 3D des deux éléments de mon cadran n’a pas été très compliqué et je les ai fait ensuite réaliser en laiton par un professionnel via une commande numérique 3 axes (ce n’était vraiment pas envisageable de faire cela à la main).

Ensuite j’ai réalisé la gravure.

Puis j’ai fait rhodié les deux éléments.

Enfin, j’ai peint le fond du cadran et là, ce fut le drame… En effet j’ai été confronté à de nombreux problèmes. Oui, évidemment j’aurais pu faire réaliser cela par un professionnel mais où est le plaisir d’essayer dans ce cas ?

Enfin, je ne suis pas « micro-peintre » et je n’avais sans doute pas l’équipement qu’il fallait, mais le résultat est correct je l’espère pour un débutant.

Étape 5 – le montage

Pour commencer, j’ai dû jouer à l’apprenti horloger en démontant une parti de mon calibre pour adapter ma hauteur d’aiguillage. Chose incroyable, tout s’est bien passé ! Et quelle émotion quand le mécanisme se remet à tourner ! C’est tellement délicat ! La formation que j’ai eu quelques mois plus tôt m’a vraiment été bénéfique et la page web dont j’ai parlé plus haut une vraie aide étape par étape.

La partie du montage à proprement parler est une étape vraiment, vraiment difficile. Il faut être extrêmement précis dans ses gestes et il n’y a presque pas le droit à l’erreur. La pression sur les épaules de ceux qui font cela tous les jours doit être énorme. Je n’avais jamais monté d’aiguilles sur un cadran et j’ai dû mis reprendre tellement de fois… Heureusement pour moi tout s’est très bien passé, même si j’ai bien transpiré et qu’une toux ne s’est vraiment pas déclenchée au bon moment…

 

Étape 6 – objectif rempli

Quelle sensation étrange… Sur le moment, après avoir fermé mon boîtier de montre et fini d’ajuster le remontoir (la tige pour remonter la montre et régler l’heure), je me suis senti tout bête. Je me suis dit: « bon, ça c’est fait, qu’est-ce que je fais maintenant. Tiens, si je rangeais mes outils… » Ce n’est que le lendemain que petit à petit est venu cette petite fierté d’avoir rempli mon objectif. Car, oui, je voulais créer ma montre et je l’ai fait !

 

Bon ce n’est pas pour autant que je vais la porter… En effet, du fait de toutes les concessions que j’ai dû faire (sur la boîte, le fond, la couleur…), je ne me reconnais pas vraiment dans celle-ci. Mais surtout, d’un point de vue professionnel, elle n’est pas au point, je ne vois quasiment plus que ses défauts. Mais c’est normal: je ne maitrise pas la moitié des métiers que j’ai dû pratiquer pour la réalisation de cette montre.

 

L’objectif est donc rempli : j’ai énormément appris et cela me servira dans mon métier de creative designer.

 

 

Étape 7 – Mise à jour

Après avoir pris mon courage à deux mains, j’ai modifié ma montre pour quand même pouvoir la porter. Ce fut laborieux notamment car un rouage a cassé, et qu’il a été très compliqué de trouver cette panne. J’ai également fait beaucoup de tests pour avoir un fond de cadran qui me convienne. Au final le résultat me plait et semble faire l’unanimité.
Depuis je la porte très régulièrement !

J’espère que vous avez apprécié, je vous remercie beaucoup de m’avoir lu,

 

Bon et si j’allais dessiner moi…

 

Thomas

 

P.S : Mizu Washi signifie « oiseau des mers » en japonais.